TOSES est un graffeur basé à Essen, en Allemagne, au cœur de la Ruhr. Il a grandi dans une petite ville près de Cologne et le graffiti fait partie de sa vie depuis longtemps.
Déjà enfant, il dessinait des lettres et des graffs à la craie dans la rue. Vers 16 ans, il commence à sortir avec des marqueurs et des bombes. Aujourd’hui, à 42 ans, le graffiti l’accompagne donc depuis une bonne partie de sa vie.
Au fil des années, TOSES a changé plusieurs fois de blaze. Garder le même nom partout n’a jamais été le plus important pour lui. Ce qu’il aime avant tout, ce sont les lettres : en essayer de nouvelles, chercher différentes combinaisons et voir comment elles fonctionnent ensemble.

Son style reste assez simple. Il aime particulièrement les tags et les throw-ups. Il apprécie aussi les pièces plus complexes et colorées, mais dans son propre travail, il revient toujours aux bases.
Quelques lettres, du flow et du caractère peuvent largement lui suffire.
DU GRAFFITI TRADITIONNEL AU NUMÉRIQUE
Aujourd’hui, une grande partie de ce que fait TOSES est numérique, mais tout vient du graffiti traditionnel.

Sur les réseaux sociaux, on retrouve notamment ses créations qui mélangent graffiti et personnages connus. Bart, Homer, Patrick ou Bob l’Éponge peuvent se retrouver avec un marqueur ou une bombe à la main, en train de peindre son blaze.
Les Simpson ont été parmi ses premières expériences dans ce style. L’idée lui plaît et il continue ensuite à placer le graffiti dans toutes sortes d’images et de situations inattendues.
À côté de ces illustrations, TOSES continue aussi à travailler sur ce qu’il aime depuis le début : des feuilles de lettres, des tags, des throw-ups et différentes façons d’écrire.
Au final, les lettres restent toujours au centre de son travail.
AVANT L’IPAD, IL Y AVAIT DÉJÀ MSN
TOSES a commencé de manière classique : marqueurs, bombes, murs et aussi graffiti illégal lorsqu’il était plus jeune.
Il a connu des périodes où il peignait beaucoup, et d’autres où il pouvait presque arrêter pendant plusieurs années. Mais même dans ces moments-là, le graffiti n’a jamais vraiment disparu.

Quand il marche dans une ville, il continue à regarder les tags, les lettres et les murs. Et lorsqu’il voit un bon spot, le réflexe est toujours là : ça ferait un bon endroit pour peindre.
Son histoire avec le graffiti numérique commence d’ailleurs bien avant l’iPad.
Vers 2006 ou 2007, TOSES et ses potes utilisaient la fonction dessin de MSN Messenger. C’était très basique et très pixelisé, mais ils se donnaient des mots à écrire et faisaient entre eux de petites battles de lettering avec l’outil pinceau.
Avec le recul, c’était presque son premier blackbook numérique.
L’IPAD COMME NOUVEAU TERRAIN
L’iPad arrive beaucoup plus tard, notamment autour de la période Covid.
Entre-temps, TOSES est devenu père. Avec les responsabilités qui vont avec, courir pour faire du graffiti illégal n’était plus forcément là où il voulait mettre son énergie.

Il commence alors à utiliser l’iPad pour continuer à tester des lettres et faire du graffiti autrement.
Au départ, c’est simplement un truc à côté. Petit à petit, le numérique prend beaucoup plus de place et devient une partie importante de ce qu’il fait aujourd’hui.
TOSES travaille désormais beaucoup sur iPad avec Procreate, aussi bien pour le graffiti que pour ses illustrations.
Il a même développé ses propres brushes Procreate, avec l’idée de retrouver des sensations plus proches des marqueurs, des bombes et des techniques qu’il connaît dans le graffiti traditionnel.
DES RENCONTRES ET DES PROJETS
Au fil des années, TOSES a travaillé sur différents projets, prints et collaborations. Il ne cherche pas spécialement à en mettre un au-dessus des autres : chacun a été intéressant pour des raisons différentes.

Mais il y a une chose qu’il apprécie particulièrement aujourd’hui : les rencontres avec d’autres artistes.
Les réseaux sociaux lui ont permis de discuter et de travailler avec des gens partout dans le monde qu’il n’aurait probablement jamais rencontrés autrement.
Voir d’autres styles, échanger des idées et parfois transformer ces rencontres en projets fait maintenant partie de son univers.
LE GRAFFITI NUMÉRIQUE, UNE AUTRE RUE ?
TOSES sait que le graffiti numérique n’est pas toujours bien vu dans une partie du milieu graffiti. Et il comprend pourquoi.
Mais il fait aussi un parallèle intéressant.
Le graffiti a toujours consisté, entre autres, à mettre son nom quelque part pour qu’il soit vu. Sur un mur, un train ou au coin d’une rue : on laisse une trace à un endroit où des gens vont passer.
Aujourd’hui, les gens passent énormément de temps à regarder leur téléphone.

Pour TOSES, les réseaux sociaux peuvent donc aussi ressembler à des coins de rue numériques. On y laisse sa marque là où les gens vont la voir, simplement dans un espace différent.
Ça ne veut pas dire pour autant que le digital doit remplacer le graffiti dans la rue. Au contraire, TOSES espère que celui-ci ne disparaîtra jamais.
Il s’imagine même vieux, toujours en train de marcher dans la rue, de regarder les murs, les tags et les spots en pensant :
« Putain, celui-là serait bien. »
Les outils peuvent changer.
Les endroits aussi.
Mais son amour pour les tags, les throw-ups et les lettres ne devrait pas bouger.
TOSES
Instagram : @toses_one
Site : www.toses.shop
Point In the Loop — Yone
Ce que j’aime dans le parcours de TOSES, c’est que le digital n’a pas remplacé le graffiti. C’est simplement devenu un autre support pour continuer à créer.
Et l’anecdote de MSN est assez parlante : bien avant Procreate, il utilisait déjà le numérique ultra basique pour faire des lettres et des petites battles avec ses potes.
J’aime aussi son idée des « coins de rue numériques ». Le mur et Instagram ne sont évidemment pas la même chose. Mais le principe de laisser son nom quelque part où des gens vont le voir existe dans les deux mondes.
Au final, qu’il ait une bombe, un marqueur ou un Apple Pencil dans la main, TOSES revient toujours au même truc : les lettres.